Au théâtre ce soir

10/04/2018        Entre mode et réalisme. Pour expliquer ce que de nombreux français ne comprennent pas, Emmanuel Macron a choisi de parler cette semaine à la télévision, à des journalistes dont l’âge moyen est de 67 ans.

L’offrande est trop belle pour ceux – opposants du Président de la République – qui se gaussent du fait que le « Nouveau Monde » ressemble décidemment beaucoup à « l’Ancien Monde ». Et pourtant, le choix de Emmanuel Macron est simplement rationnel, à deux titres.

Les chiffres d’abord. Les réseaux sociaux s’envoient au visage des millions de visites certes réelles, mais ô combien fugaces. Cette semaine Emmanuel Macron a besoin de temps pour convaincre. Les réseaux sociaux ne peuvent pas lui offrir ce temps. Par ailleurs, Twitter, pour ne citer que lui, qui est actif 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, souffre en revanche d’un vrai défaut : son manque de crédibilité. Sur Twitter on décrète mais on ne prouve pas. Sur Twitter on détruit mais sans jamais reconstruire. Résultat : Twitter parle – beaucoup – mais n’est en rien prescripteur. Cette semaine Emmanuel Macron a besoin de beaucoup de rigueur pour convaincre. Et ce temps et cette rigueur, seule la télévision peut les lui offrir. Que ce soit le journal de 13 heures de TF1 et ses 6 millions de téléspectateurs quotidiens. Ou les antennes cousines de BFM TV première chaîne d’info de France, et RMC , 5ème radio nationale.

L’autre explication du choix tient aux hommes. Le statut – réel et revendiqué – du Président de la République lui interdit à l’évidence de s’asseoir en face de « seconds couteaux ». Jean-Pierre Pernaut, outre le fait que son journal est – depuis 30 ans – une fenêtre ouverte sur la province, est un homme plutôt affable, pas trop pinailleur, très connu, et qui a aussi l’inestimable avantage d’être originaire d’Amiens. Comme Mme Macron.

Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, eux, seront des sparring-partners que Macron estime à la hauteur (la sienne). Et ce challenge-là, à n’en pas douter, est passionnant pour un homme qui n’a peur de rien ni personne. La vérité – et la qualité – du moment seront directement corrélées à la pugnacité de Messieurs Bourdin et Plenel. Car, ne nous le cachons pas, cette semaine, même à 13 heures, ce sera un peu « Au théâtre ce soir ».